Témoignage de Thierry
50 ans et 25 ans d’abstinence.
Tout a commencé en 1983, avec Annie, nous sommes mariés depuis 2 ans, j’ai 24 ans et Aurélie notre fille a 1 mois. J’ai eu peu de contact avec l’alcool dans cette jeune vie, très rare bières sans plus, jamais de vin. J’ai déjà une vie militante à la JOC, où je rencontre des adhérents à Vie Libre. Ne buvant pas d’alcool, je me suis demandé si mon témoignage pouvait servir à d’autres. Je prends rendez-vous avec René Brouard pour qu’il me parle de Vie Libre. Il me propose que le mieux serait de venir une fois en équipe de base. Ce que je fais en décembre 83, quelques jours avant Noël.
Là je rencontre André et Roseline, Alain, Monique, Jean-Claude et Geneviève. J’écoute beaucoup à cette réunion, et aux suivantes aussi. J’apprends ce qu’est la maladie, je rencontre des malades guéris, ou en cours de guérisons, des abstinents volontaires comme moi, c’est à dire sans que le conjoint ai connu la maladie. Après 6 mois de vie d’équipe, j’ai ma carte rose et tous les copains de l’équipe signent dessus.
Nos projets de couple se concrétisent, nous faisons construire dans une autre ville, à 15km, d’où changement d’équipe. Je ne sais plus comment s’est fait mon signalement, me voilà donc dans une autre équipe. Là je rencontre André et Simone, Bernard et Chantale, Daniel, Gérard…d’autres militants, d’autres parcours. Là je prends mieux conscience de ce qu’est la vie du mouvement, l’équipe, la section, le département. Bernard, Daniel et Gérard sont au comité de section, André est responsable départemental, ça peut l’expliquer. J’ai écouté aussi comment les copains étaient dépendant, j’entends encore André dire en rigolant où et comment il cachait les bouteilles pour ne pas que Simone les trouve, tout le monde rigolait en entendant son récit. On rigolait car c’était de l’histoire ancienne, quand André raconte ce fait, il est guéri depuis plus de 10 ans. Arrive le moment où je me présente au comité de section. Mais comme je trouve que notre équipe sera trop représentée (cela fera 4 personnes, par rapport à une autre équipe où il n’y a personne), je décide donc de changer d’équipe et d’aller où il n’y a personne du comité de section.
Annie prendra sa carte verte dans ces années 90, et prendra sa carte rose en 95.
3éme équipe, 3éme André, et Jeannette, Yves et Gilberte, Francis et Françoise. C’est l’équipe où je suis toujours aujourd'hui et quand on dit que vie libre c’est l’amitié, je le confirme avec cette équipe. Dans cette équipe là, j’ai plus découvert la guérison au travers du vécu d’Eric, de Florence et dernièrement Didier. Eric et Soizic, Florence et Didier sont arrivés pratiquement en même temps dans l’équipe, tous les 2 malades. Eric à été licencié, a fait une cure, à changé de travail plusieurs fois, depuis 8 ans il est guéri et à un emploi stable. Florence, à sans doute eu un peu de mal à trouvé sa place dans l’équipe, mais aussi dans la section car seule femme malade. Elle n’est plus en équipe depuis un an. Jojo et Françoise sont aussi dans l’équipe, Jojo est arrivé guéri dans l’équipe. Et dernièrement, il y a 1an et demi, nous avons accueilli Didier et Nathalie. Didier est malade et a du mal, comme beaucoup, à guérir. Pas de travail, il tourne en rond chez lui, il a sans doute diminué sa consommation mais pas tout à fait, il ne parle pas en réunion. Tous les symptômes d’une guérison qui est proche mais qui traîne, le dernier pas est le plus difficile, l’abstinence totale. Il part en cure 3 semaines, et il nous arrive un autre Didier, expliquant ce qui lui est arrivé, blaguant, et qui parle et qui parle. Vraiment un autre Didier. Depuis 4 mois il a sa carte rose, et il en est fier. Il l’a bien mérité. Jean-Luc est le dernier arrivé, un ancien malade qui est venu à Vie Libre en voyant une affiche, pour se rassurer peut être.
50 ans et 25 ans d’abstinence volontaire, juste la moitié. Je ne suis pas spécialement fier d’afficher ces chiffres là, c’est juste que ça me permet de faire le point dans mon engagement à Vie Libre.
J’en ai entendu des souffrances, du malade, de son conjoint, des enfants. Le malade quand il dit ne pas pouvoir s’arrêter de boire, qu’il lui faut sa dose, le vin, le vinaigre, l’eau de Cologne, tous les moyens sont bons pour cet appel du corps. En général les malades en parlent mieux une fois guéri, car quand ils sont malade, il n’ose pas en parler, ils ont honte. Après, quand ils vident leur sac, alors là ça déménage, ils se libèrent, on les écouterait toute la nuit. Ça leur fait du bien, c’est une thérapie le fait d’en parler.
Les conjoints aussi, ils ou plutôt elles parlent de leurs souffrances (depuis 1 ans, il existe une permanence spéciale femme le 1er mercredi de chaque mois). Quand va-t-il rentrer ? Dans quel état ? Il faut que je couche les enfants avant qu’il arrive. C’est une attention de tous les instants, et le regard des autres, voisins collègues…
Voici en quelques mots un point sur 25 ans de militantisme à Vie Libre côté abstinent.
D’autres moments de souffrances sont à écouter, d’autres moments de bonheur restent à vivre.
Thierry


















