Boire et Déboires

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Témoignage Françoise

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Je me présente Françoise LEDUC, 45 ans, mariée, 2 enfants Romain 21 ans et Jason 18 ans. Abstinente depuis le 12 novembre 2008.

Je me souviens d’avoir commencé à boire vers 18 ans, en famille c’était entré dans les mœurs.

Puis j’ai rencontré mon mari, c’était l’alcool avec les copains, et les occasions étaient nombreuses.

Les années ont passées. Bien des apéros aussi.

Je me suis rendus compte que c’était difficile de boire avec d’autres, si je n’avais pas commencé avant.

J’ai souvent manqué les vœux du Maire, pour ne pas boire devant les autres, ou bien il fallait que je tienne le verre à 2 mains, après le premier çà allait déjà mieux.

Les années passent et les doses augmentent, le manque se fait de plus en plus présent.

Les effets néfastes  apparaissent. Les tremblements, les nausées, le manque d’appétit, les actes irresponsables. J’ai fais énormément d’erreurs sous l’emprise de l’alcool, j’ai fais beaucoup de mal à mon entourage et j’espère qu’ils accepteront mes excuses. Beaucoup trop de fautes irréparables.

Je m’enfonçais. Je perdais pied.

Et puis, il a fallu commencer dès le matin (pour me donner des forces !!!), stopper les tremblements.

J’ai certainement du perdre du travail à cause de l’alcool, quand je rentrais le midi, j’enchainais.

J’étais donc différente le matin et l’après-midi.

Je suis incapable de définir les causes exactes mais la déprime entrainait l’alcool qui entrainait la déprime. Cercle vicieux.

Pour la déprime, les médecins m’ont envoyé en cure pour les nerfs au Saujon près de Royan en l’an 2000. J’étais très fatiguée et j’avais perdu 18 kg.

Sachant que je partais 3 semaines, j’avais émis le souhait de partir avant en sevrage à Guérande, mais mon mari n’en n’avait pas trouvé la nécessité.

En fait, j’ai fais un décollement de la plèvre et j’ai été hospitalisée en urgence à Royan pour rapatrié sanitaire à Nantes ou l’on m’a fait un calquage.


Je me souviens qu’en partant de Nantes, je ne voulais pas rentrer à la maison, je savais d’avance que tout allait recommencer.

De là les problèmes financiers ont commencé à arriver et je pense m’être vengée sur l’alcool.

Les choses n’ont fait qu’empirer.

L’alcool étant de plus en plus présent, je devenais complètement dépendante.

Entre l’alcool et la déprime, j’étais bipolaire.

Je ne m’alimentais plus normalement, je me négligeais, je n’entendais plus mon corps, je ne respectais plus les normes.

Je n’avais que l’alcool en tête, du matin au soir.

Je cachais les bouteilles, il fallait prévoir suffisamment.

Je refusais les discussions pour boire en cachette.

Je me sentais coupables et le regard des autres était très pesant.

Les problèmes financiers ne faisant qu’empirer, mes frères ont décidés de mettre fin aux aides régulières que ma mère nous apportaient.

La situation était telle qu’avec l’avis d’un médecin, il a été décidé de me mettre sous curatelle et en même temps le médecin a programmé une entrée à la clinique de la Brière pour un sevrage.

J’étais devenue un vrai zombie.

A la maison, le soir je faisais régulièrement des chutes et mon mari m’aidait à me relever.

A Guérande, au bout de 2 semaines, j’ai pris la décision de partir dans un centre d’alcoologie, avec uniquement des gens ayant le même problème que moi.

Là-bas à Royan, ce fût encore plus la descente aux enfers. J’avais la vision d’une spirale sans fin attiré par le trou noir.

Il a fallu démolir toutes mes fondations pour pouvoir rebâtir sur de nouvelles bases solides.

Entourée d’une équipe de Psy et à l’aide de médicaments je me suis complètement vidée.

J’ai démonté petit à petit tous les morceaux de cette montagne qui m’empêchait d’avancer.

En comprenant que tous les problèmes pris un par un, n’étaient finalement pas insurmontables.

J’ai réussi à remettre les pièces du puzzle une à une. C’est un énorme travail sur soi.


Au bout de 2 ou 3 semaines, j’ai senti le couvercle de la cocote minute se soulever et il est tombé.

J’ai commencé à apercevoir la lumière au bout du tunnel.

Le fait est que je me sentais bien entourée, comme presque coupée du reste du monde. J’avais heureusement des contacts avec ma famille et de amis.

A l sortie de Royan, il a  fallu réintégrer le monde, mais je me sentais une personne nouvelle, j’ai changée, j’ai murie  je vois la vie différemment. Je positive, je relativise la gravité des problèmes mais je fais face. Je me suis reconstruite. J’ai une nouvelle personnalité, je reste une battante.

Le passé reste le passé, le présent c’est maintenant et l’avenir est devant.

Et je veux vivre, je ne veux plus mourir à petit feu. J’ai décidé de plus boire, mais je resterais malade guérie et très fragile.

J’ai retrouvé confiance en moi, mais il faut encore retrouver la confiance des autres, c’est très difficile.

Je suis redevenue actrice de ma propre vie.

Maintenant, je revis, je prends soin de moi, je mange mieux, je dors mieux, plus de migraines ni de nausées, ni le teint blafard ou rouge.

Je peux engager et tenir une discussion sans problème, je ne bégaie plus et j’ai à nouveau de la mémoire. Je m’investie.

Heureusement pour moi, je suis bien entourée.

J’ai retrouvé l’estime de moi et des autres, je pense.

Il faut meubler le temps que je passais à boire.

Je fais partie d’une association « connaissance du Pays de Retz » où je suis secrétaire, j’y consacre beaucoup de temps et c’est très enrichissant.

Actuellement, j’ai toujours besoin d’un suivi psychologique et certainement pour un certain temps et je ne prends plus que de l’aotal.

Je tiens à remercier Vie Libre et surtout l’équipe de base de Paimboeuf pour le soutien indispensable que cela m’a apporté. Je peux ainsi continuer à grandir après l’abstinence.

Evidemment je remercie toutes les personnes qui m’ont aidé, qui m’aident et qui m’aideront encore*.

Tous ceux qui me connaissent savent que je reviens de loin et que je mettrai tout en œuvre pour maintenir ce nouvel équilibre.

J’aurai sans doute d’autres batailles à mener, mais là c’est une belle victoire  qui n’aurait pas pu se faire sans l’aide de mon mari qui a d’ailleurs décidé de stopper l’alcool. Il est donc abstinent volontaire. C’est aussi un grand bouleversement au sein de la famille.

L’important, aujourd’hui, c’est de maintenir le cap. Je sais aujourd’hui que tout est possible si on sait s’en donner les moyens.

La renaissance est une expérience formidable et j’aimerais bien pouvoir si possible aider les personnes concernées par cette détresse.



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Vous êtes ici : Témoignages Françoise, ancienne buveuse guérie