Boire et Déboires

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témoignages Eric

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Témoignage d'Eric

Bonsoir à toutes et à tous,  

J’ai commencé à boire de temps en temps courant de l’année 1985. J’avais 22 ans. Je venais de quitter l’armée où j’avais appris le métier d’infirmier. Quand je dis commencé à boire c’est sans abus,  un verre de temps en temps ou une bière de temps en temps. Auparavant, je ne buvais pas du tout.  

J’ai appris à apprécier l’alcool à ce moment là …

Début 1986 J’ai trouvé un emploi dans une maison de retraite, aide soignant de nuit. Un travail intéressant qui me plaisait et qui me laissait du temps de libre. Tout allait bien.

Puis courant de l’année 1988  j’ai commencé à boire plus régulièrement, sans excès (apéros et bière) sans  m’alcooliser énormément, mais surtout beaucoup plus régulièrement.  Sans m’en rendre compte, l’accoutumance, la dépendance s’installait. Malgré les sonnettes d’alarmes tirées par les proches, surtout la famille, ma femme et mes parents qui s’inquiétaient de ces apéros sans aucune raisons particulières, ces consommations d’alcool continuaient et s’accentuaient. Je trouvais toujours de très bonne raisons à mes yeux, fatigue, besoin de me détendre, rien à craindre j’arrête quand je veux….Le terrain était propice : seul dans la journée, ne me reposant pas suffisamment de ma nuit de travail,  ma femme travaillant dans le commerce et rentrant tard, j’étais devenu dépendant de l’alcool. Je pense qu’à ce moment là je ne pouvais plus passer plus de deux jours sans alcool (mais toujours pas de grosse cuite !).

Février 1990 j’ai eu un accident de voiture avec une alcoolémie de 1,2 g (la limite était de 0,8g à cette époque). Résultat : Annulation du permis de conduire, interdiction de le repasser avant 1 an et obligation de me faire soigner. Au niveau suivi ce n’était pas très sérieux, RV une fois par mois avec une personne qui me voyait ¼ d’heure et m’entendait dire que tout allait mieux….. Malgré ce coup dur, la réaction n’est pas là …

Commence une longue période de déni, durant laquelle la maladie alcoolique n’est pas  acceptée, où je me renferme de plus en plus sur moi-même, écoutant de moins en moins mon entourage. Et là, c’est l’engrenage. Sans m’en rendre compte, les alcoolisations sont de plus en plus fortes et s’associent  à un état dépressif dû à cette incapacité de réagir, d’inverser cette tendance qui est de se détruire, de  détruire sa famille. C’est dur on est entre deux sentiments contradictoires : dans les moments d’alcoolisations je me sentais très fort, sur de moi, me mentant en me persuadant que je pouvais arrêter quand je voulais, faisant de grosses bêtises parfois comme prendre ma voiture en étant sans permis et en ayant bu. On ne se rend compte de rien et malheureusement rien ne nous arrête. Le lendemain de « cuite » c’est le deuxième sentiment qui apparait honteux, incompréhension, à chaque fois je me promettais d’arrêter…. Mais l’alcool était le plus fort.  Je me remettais à boire …

Cette période est très dure à vivre pour l’entourage, la famille, les amis tous les gens qui nous aident, nous supportent et nous encouragent.

Devant la pression de mes proches, je finis par accepter d’aller en cure en mai 94  qui se déroulera à Royan pendant 1 mois. L’utilisation de la PNL (Programmation Neuro Linguistique) est à la base du travail effectué en cure : Travail sur soi-même en atelier individuel ou en groupe. Ces séances de PNL nous apportent toutes les informations sur l'alcool, l'alcoolisation et ses dépendances et nous aident à se découvrir ou se redécouvrir.

Malgré ce gros travail fait en cure, la rechute survient fin 94, juste après avoir repassé mon permis de conduire. S’en suivent alcoolisations dépression et grave TS ce qui amène ma femme et mon médecin à m’hospitaliser sur St Jacques service psychiatrie pour me protéger de moi-même. La rechute n’est pas grave en soi pour un malade alcoolique en phase de guérison, à condition qu’il s’en serve pour rebondir et se sentir plus fort par la suite. Moi ce fut le contraire je n’ai pas réagit pensant que je n’y arriverais pas et en mai 95 nouvelle TS et nouvelle hospitalisation moins longue.

Toute cette période, de la rechute après la cure à la fin de l’année 95, j’ai dû prendre un gros traitement anti dépresseur, malheureusement accompagné de prise d’alcool (et de tabac). Le résultat de ce cocktail est catastrophique J’ai vraiment de gros problèmes de mémoire au sujet de cette période. Ce fut une nouvelle période dure à vivre pour tout le monde.  Moi, ma femme, mes enfants (qui avait 6 et 4 ans). J’étais en arrêt longue maladie donc à la maison seul ce qui devait ne rassurer personne de mon entourage.

Et pourtant petit à petit du mieux s’installa, je me mis à réduire ma consommation d’alcool pour arrêter définitivement début 96. Le traitement anti dépresseur mit, lui, beaucoup plus longtemps à disparaitre. Je fus licencié pour maladie.

Au moment de mon abstinence, j’ai décidé de rejoindre une association qui aide les malades alcooliques à arrêter définitivement de boire, à supporter  ces moments d’angoisses, cette peur de rechuter, de tout re-détruire ce qui est si dure à reconstruire. J’ai donc rejoint Vie Libre. Et depuis ca va. Pas eu de rechute. Petit à petit on se reconstruit, on réapprend à vivre, surtout on apprend à vivre sans alcool, et on trouve cela très bien.  On continue à faire des rencontres entre anciens buveurs guéris accompagné de leur famille. Ces rencontres sont la base de vie libre et se déroulent à tour de rôle à domicile chez les anciens buveurs. Ca nous aide à réapprendre à vivre, à réapprendre à recevoir des gens, moment que nous faisions pratiquement plus.  Et ca c’est très important pour tout le monde, pour toute la famille.



Suite à ce témoignage, les ados se sont séparés en 7 groupes de 3 ou 4 et ont réfléchit à mon témoignage, à la maladie alcoolique et m'ont posé toutes les questions qui leurs étaient venues lors de leur temps de reflexion. Ce fut un moment assez fort J'étais à ce moment là accompagné de Soizic, mon épouse.

Les questions posées après le témoignage :

1er groupe

-          Quand vous  avez dit que vous ne vouliez pas reconnaitre votre maladie, était ce par rapport à vous-même ou surtout par rapport aux autres ?

-          Comment et quand vous êtes vous rendu compte que vous étiez dépendant ?

-          (Question pour Madame) Comment avez-vous pu rester et soutenir votre mari ?

-          Comment votre famille (vos enfants) a réagit ?

-          Comment vous comportiez vous sous l’emprise de l’alcool ?

-          A l’heure actuelle, buvez vous encore ou plus du tout ?

-          Quels sentiments vous poussaient vers le bas ?

Bravo à vous et votre femme. Merci pour votre témoignage.

2eme groupe

-         Qu’est ce que vous avez trouvé de bénéfique dans l’alcool ?

-          Par rapport à votre famille, comment ont il réagit ?

-          Y a-t-il une raison de votre chute dans l’alcool ?

-          Cette période d’alcoolisme vous a t elle permit de vous connaitre, de savoir qui vous êtes ?

Bravo pour votre courage !

3eme groupe

-         Comment regardez-vous cette période aujourd’hui ?

-          Est-ce que votre association aide les gens à s’en sortir ?

-          Est-ce que durant cette période, vous vous êtes senti seul même si vous étiez entouré ?

-          Est-ce que vous avez eu envie de recommencer à boire même un peu ?

4eme groupe

-         Rapport avec l’alcool Vous arrive t il de boire 1 verre de vin à table aujourd’hui ?

-          Est-ce qu’il y  a toujours une raison qui pousse à commencer à boire ?

-          (Mme Bouillot) Avez-vous eu besoin d’une aide extérieure pour vous aider à soutenir votre mari ?

-          Le regard des gens que vous connaissiez avant a-t-il changé aujourd’hui ?

5eme groupe

-          Comment se déroule les réunions à l’association ?

-          Vous allez vers les autres ou ce sont eux qui viennent vers vous ?

6eme groupe

-          Quand avez-vous arrêté de travailler ?

-          Quelles étaient les causes qui vous ont amené à boire ?

7eme groupe

-          L’assoc Vie Libre s’adresse t elle qu’aux anciens buveurs ou aussi aux autres dépendances ?

-          A quelle occasion s’est faite votre prise de conscience de votre dépendance ?

-          Ou et comment a eu la force de vous accompagner dans ce combat de tous les jours ?

-          D’un point de vue professionnel, comment pour vous et votre femme s’est passé cette période ?

-          Vous avez l’air très soudés tous les deux, est ce la même chose avec le reste de la famille ?

Merci beaucoup.

Nous avons répondu à toutes ces questions sans en esquiver une seule, avec plus ou moins de facilité. Mais  nous avons l'heureuse impression d'avoir fait réfléchir et réagir toute une salle remplie d'ados accompagnés par des professeurs également attentifs.

Nous avons d'ailleurs, quelques temps après, reçu une carte de remerciements, qui nous a fait extrêmement plaisir.


carte remerciementscarte remerciements verso


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